Page 65 - Catalogue 2026
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Cinéma Le Cratère PROJECTIONS
AnimaeNoctis, Novi Sad Amorous Screams + Dreams, 2025, 4’09 (RS)
Du mystère et de l’évidence, le nom du binôme, plus
que duo tant ils sont le même et l’autre, se dit en latin
«AnimaeNoctis» et se traduit par « Âmes nocturnes, de la
nuit ». Ils sont ensemble, un ensemble depuis leur rencontre
– peut-être même leurs retrouvailles, tant ils partagent la
même idée de la vie et de comment la vivre. Leurs actes
quotidiens, leurs actes créatifs sont entremêlés puisque
leurs gestes, leur modus vivendi provoquent des idées et
leur réalisation, au sens fort. Ils sont ensemble, ils actuent
ensemble en protocoles simples, en appareil simple sinon
sommaire, un simple téléphone ce qui leur laisse la liberté d’improvisation, de performance sans
confusion, comme trop souvent, avec une saynète. Elles suivent leurs expériences.
Ainsi Massimo porte Silvia dans ses bras durant 30 minutes, avec quelques pauses réclamées par
le corps, alors que Silvia décrit sa santé mentale et le harcèlement sexuel qu’elle a subi. Silvia
Overcomes Depression / Silvia surmonte sa dépression. Silvia enlève la boue encore et encore, sur
Massimo se salissant encore et encore, ils partagent cette boue métaphorique qu’elle cherche à
annuler : The Circle Of Dirtiness And Cleanliness / Le cercle de la saleté et de la propreté, Massimo
ne cesse de se salir avec de la boue et Silvia le nettoie sans arrêt, se salissant autant que lui au
passage.
Performance brève ou plus longue, selon l’acte qui guide le propos, selon leur corps.
Novi Sad Amorous Screams + Dreams dure 4'09. Le titre tout aussi programmatique que celui de
leurs autres performances énonce son lieu et caractérise la scène en deux mots – généralement
opposés : les cris et le rêve, grâce au signe mathématique du + . Mais les cris sont d’amour.
Un plan très proche obéit au propos, le toucher de Massimo et les réactions de Silvia censées
refléter ce qu’elle ressent, pense. Le visage en subit une quasi-déformation, presque en fisheye. Il
privilégie le massage et de cris, on n’en entend pas. Les sensations se voient. Le gros plan assemble
les mains de l’homme nu sur la tête de la femme, qui, par ses mouvements vers l’avant, produit
de rares très gros plans alors ses mains à lui, très rapides seraient de petites ailes prêtes à l’envol
des deux. Auparavant, yeux fermés, elle accepte d’être mallée, tourne d’un côté de l’autre, son
cou devient pivot mais la bouche ne signale pas le désagréable au-delà du cri par deux fois vite
remplacé et inaudible. Le piano en continu porte le calme troué ici ou là par des « scratchs » très
vite dépassés. Rien n’est laissé longtemps hors du « tact » ; l'œil est tapoté ; la paupière est tapotée,
les deux le sont. Les doigts affleurent. La bouche s’entrouvre, quelques froncements du visage
vite dépassés, la grimace est tout aussi rare et est-ce un « aïe » qui se lit sur les lèvres, vite dépassé
par ce qui serait plaisir, voire extase amoureuse jamais le geste n’est brutal. Ne nous y trompons
pas « Sad » n’est pas l’état d’esprit (qui) conduit ( par) la caresse mais la ville Novi Sad, du Nord de
la Serbie où ils performent.
Ils disent :
« Comme nos performances évitent les artifices ou n’en comportent aucun, nous avons l’habitude
de montrer ce que nous faisons dans la vie réelle. C’est pourquoi nous disons souvent que notre art
est un documentaire en cours. Si nous utilisons des masques, nous les fabriquons nous-mêmes et,
bien sûr, ils sont très bruts. Nous utilisons les outils les plus simples qui soient : les mêmes que ceux
que nous aurions utilisés en tant qu’adolescents désespérés aux moyens limités. Tout cela n’est
pas une stratégie, cela nous est venu tout naturellement. Et ça marche. (...) Nous vivons en Serbie
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