Page 67 - Catalogue 2026
P. 67
Cinéma Le Cratère PROJECTIONS
kimura byol lemoine, TTT (TEト), 2025, 3’ (CA)
« kimura byol lemoine reconnait vivre et travailler sur le
territoire non cédé de Tiohtiá:ke/Montreal, 2026 »
kimura byol lemoine est de nos programmes,
fréquemment et logiquement puisque riche de plusieurs
identités revendiquées qu’elles concernent son origine et
son présent – actif-activiste – performatif en live/vie et les
langues emmêlées. Né.e en Corée du Sud, de père japonais,
adopté.e en Belgique, retourné.e en Corée du Sud où
l’adopté.e vit autant de décalages et de refus d’yel.le, l’entre-
deux qu’yel.le rentre en Occident et émigre au Canada où yel.le vit sur les terres d’une nation
autochtone menacée. Ainsi une de ses vidéos, en « je », interrogeait le prénom à porter, en 2019,
lors du Festival Filministes de Montréal, 2x50=100, son titre affiche d’emblée ses cinq décennies
et désormais c’est son genre-non- genré qui impose sa légitimité.
Androgyne, queer et non-genré.e, trans, n’employant désormais que les accords en double
flexion abrégée, yel.le ne s’embarrasse pas de phrases policées. Ainsi TTT, sans craindre les
mots, demande faussement ingénument si yel.le ex-lesbienne, lesbienne-trans, en devient pédé
et dans quelle catégorie, se situer puisque son désir est d’être bear, ce que son système pileux
l’empêcherait d’être.
TTT l’explique en humour et parole, son visage restant hors champ en vidéo-performative mais en
mots ; le titre lui-même garde les initiales de trois mots qui se déroulent dans le champ TESTO...
THURSDAY...TRANS comme la traduction en alphabet romain et en coréen, et en katana, soit
l’alphabet syllabique japonais : sous-titrage français : toutes ses langues y compris filmique. Puisque
le dispositif diffère de sa précédente action-vidéo : Hairy en plan centralisé, fixe, regard adressé,
gros plan, Yel.le colle et recolle puisqu’ils sont rétifs des poils, pour éprouver les sensations du
masculin et alors que suivant les clichés l’Asiatique est imberbe, et ainsi coller à son « modèle ».
Quant à Couilles, avant « le trou du cul » de TTT, il dote une jeune femme blanche, cette fois une
autre que yel.le, d’écouteurs Apple, placés entre les fesses, censés remplacer les couilles blanches.
Cette fois, la parole intervient, directe, active, alors qu’un écran laissant en transparence saisir
le geste étrange et répétitif d’une ou deux mains, piquant ce qui s’avère à la fin, un support
plan et carré en matière avec des trous ressemblant aux pores de la peau, découvre aussi un
inattendu yukata à légers motifs, ouvert sur un tee-shirt. Le voile mêle les types de motifs, en
ondulations légères, en zigzag blanc et rose ou les cercles concentriques du seigaiha. Le bruit
léger de maniement de la « piqûre » proche de celui de rouage discret prend du volume alors que la
description des conséquences de l’absorption de testostérone en piqûre – la vidéo-performative
marque la centième injection faite le jeudi et peut-être yel.le crible-t-elle autant la fausse peau.
Le contrepoint fonctionne parfaitement et au carré comme on dit en mathématique, le dispositif
d’abord : écran léger, motifs connus et piqûres quelque peu agressives et le sonore volontairement
appuyé : musique et paroles allant de l’anecdote de critique reçu concernant son ventre aux
dimensions de cake, de descriptions de ses changements physiques n’atteignant pas les parties
du corps désirées.
En mots crus et humour décisif, yel.le se décrit sans métaphore mais force comparaisons, puisqu’elle
a recours aux poils désirées de l’ours sur son buste or c’est un « manteau de vison » qu’elle a
obtenu et il y s’agit de poils anaux.
67

