Page 142 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS Les Abattoirs
Michel Pavlou, inconsolable, 2023, 4’ (BE)
« Dans le fond, ce que j’aimerais, c’est de trouver de la rosée,
bien douce, bien apaisante. » – Henri Michaux, La nuit remue
Un hors lieu – dehors/dedans – fait de traces d’habitat,
d’espaces traversés par l’humain : fenêtres effacées hormis
quelques lignes légères ainsi que d’autres éléments, aux
bordures de meubles à moulures, de miroirs cossus avec
le semblant de reflets ou devenant portes qu’une main
pousse. Des traits de taille diverse, irréguliers, ondulés ou en
a-formes blancs distinguent ces objets du passage que, en
superposition, des corps jamais dans leur entier, traversent, fugaces, en couleurs pâlies même le
rouge y est grenat. L’inframince privilégie la main, mouvante, doucement vivante, fermée sur elle-
même ou tenant un rouleau que l’on peut croire d’un texte puisque au-delà de la musique précise
d’un piano tempéré, une voix over féminine, en anglais, douce, mélodieuse et forte, à la fois, dans
son assurance des mots, des phrases simples, exprime ce que le titre amorce et incite à l’écouter
et à penser.
La voix de Natasha Heidsieck Mak, force de création poétique fait duo avec la force de poésie
visuelle de Michel Pavlou, qui modèle le trivial, en espace paradoxal, réel/pas réel. Le sous-titre
reconnaît cette dimension, en optant pour une police connotant le passé en plein et délié comme
à la main quand elle usait de l’encre. La poétesse dit la « plume dans le corridor ». Ses mots disent
le nécessaire décollage de la quotidienneté mais aussi le frôlement constant vie/mort.
S'y glisse la question de la mémoire, la crainte de la disparition et le désir du souffle et d’être, en
formules à la fois simples syntagmatiquement mais précises voire spécialisées dans le choix des
vocables du « plus rien à être » à l’instrument connotant l’histoire d’avant l’histoire, « la flûte en
os1 ». Elle rappelle la première écriture sumérienne : « l’argile pétrifiée des écritures cunéiformes
» dont on sait désormais qu’outre les pages comptables, du poétique avait été tracé. Elle cite
symboles et légendes que ses derniers mots réunissent à la reconstitution du souvenir : « comme
anamnèse à l’aube d’une autre ère ».
Ce terme façonné par le grec – ana/remontée et mneme/ souvenir – n’est pas sans fond, dès la
Bible, le travail de la mémoire est réclamé, dès Platon qui apprend à retrouver – « accoucher » est
sa métaphore – l’Idée contemplée avant la naissance et oubliée dans le corps.
L’œuvre d’art comme quête de la trace, refaçonne le souvenir émergé. Le travail poétique invente
dans le sens de trouvaille des formulations et des rythmes, et s'imbrique dans le sens d’invention-
découverte de l’archéologue… et ce plus encore, alors qu’elle s’inquiète de ce que sera la nouvelle
ère entraînée si rapidement par les actions de l’humain.
Simone Dompeyre
1. Le plus ancien instrument de musique attesté, date de l’Aurignacien, 40 000 A.P., en os de vautour
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