Page 144 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS             Les Abattoirs

Arnaud Darne, SOPHIA (les Desseins du Corps), 2025, 9’30 (FR - Toulouse)

                                                  S(é)ismographe de la psyché

                                                  « ...ce n'est pas toi qui danseras, c'est le fil. Mais si c'est lui qui
                                                  danse, immobile, et si c'est ton image qu'il fait bondir, toi,
                                                  où donc seras-tu ? » – Jean Genet, Le funambule, L'arbalète,
                                                  1958

                                                         En saisissant au gré de l'instant le mouvement qui meut
                                                  la danseuse, Arnaud Darne se dessaisit de lui-même, entre
                                                  dans cette transe qui unit le son, la musique, la couleur. A
                                                  deux mains, à quatre corps, le cercle se fait dédoublement,
se délivre de la pesanteur, du geste appris pour retrouver la grâce des hémisphères délivrés de
toute maîtrise. Le geste se fait danse, homothétie entre les mains qui dansent et le corps qui
dessine ses pas dans l'espace de l'instant. Pluralité confrontée à l'espace, le trait se fait flèche,
darde son regard sur la page, crayonne : libres, les gestes corporels, médiatisés par les mains
qui simultanément inscrivent, griffent, scarifient « le vierge papier que la blancheur défend »,
se font déploiement horizontal de la pulsion, sans la trahir. Ainsi tissent leur toile, arachnéens,
a-gravitationnels, les mains, les pas, les corps qui se répondent d'un bord à l'autre du vide enfin
dévoilé, surmonté, dans la pluralité sismique des gestes re-découverte.

L'artiste dit :
« Traces de deux performances de résidences, SOPHIA (les Desseins du Corps) forme un triptyque
de 9’30 soucieux de l’implication des gestes du corps en Peinture -Vidéo ;
« Fixer le mouvement. Parfois la discrétion est une fête.
Un geste du crayon à l’écran raconte l’élan qui le produit sans en recommander le but ; il danse.
Des bruits, des sons crissent sur le papier, se mêlent à d’autres indices spatiaux en présence. Les
silences en suspens et les notes saisissent les hanches du danseur, lui-même en perte vers l’avenir
qu’il propose à la caméra.
Instantanément, je réintroduis, recycle mes propres images, doutes vibrants en transformation.
Inversant les valeurs, bousculant les polarités des couleurs, je cisaille le réel, génère du mouvement
qui s’auto-alimente vers la transe, où se boucle le poème.
Le film résulte d’un montage de performances uniques.
Le principe d’une session repose pour beaucoup sur l’improvisation. »

                             Didier Samson

cf. une interview, page 247

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