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Les Abattoirs  PROJECTIONS

Vesperalia, The Ancestral Bride / La Mariée Ancestrale, 2019, 13’01 (IT)

       Le nom d’artiste comme le titre de l’opus sont beaux
et riches de connotations positives pour la femme ou de
possibilités refusées comme le domaine du soir de Vesperalia.
Cependant puisqu’elle est retenue dans son statut de
«mariée», elle convoque l’Histoire, le mariage impliquait
un contrat entre familles et/ou groupes attestant que les
pratiques relevaient d’un système social d’échange où la
jeune fille n’avait pas vraiment à dire. Chez les Grecs, elle
reste une mineure sous la tutelle d’un Kyrios, d’abord le père
puis le mari, le fils, le frère. Rares sont les mythes où la jeune
fille résiste, refuse comme Atalante – celle qu’Hésiode de Boétie décrit se consacrant à la chasse,
criblant de flèches les prétendants insistant, et la seule à avoir pratiqué le lutte contre Pelée.
L’idée reste belle, d’une femme libre… Très tôt gravée dans l’art pariétal au paléolithique alors
que ce sont les figurations animales qui priment, les tracés abstraits de sexe, ou plus rares mais
très signifiants, des corps plus précis mais sans tête ni poitrine, distingueraient dans la nudité
trois états, des changements d’âge dûs à la grossesse, à l’abri du Roc-aux-Sorciers, dans la Vienne
ou les dites Vénus dont l’appellation générique très précoce, prouve la projection sur la femme
d’un rôle social restreint alors que des tombes ont plus tard prouvé qu’elles recevaient les mêmes
ornementations de perles rares et – plus rarement– des armes.
Cependant si La Mariée Ancestrale tisse un espace de feuilles sur tige ou de branches d’arbres, si
elle en fait musique visuelle en couleurs pâlies ou en négatif couleur ou noir et blanc liée au travail
du souffle vital, elle ne glisse en son montage que peu de figurations humaines et féminines en
l’occurrence : outre le dessin d’un théranthrope, à tête féminine et une statue dix-neuviémiste, de
jeune femme de pierre quelque peu éplorée – qui pourrait appeler le motif des mortes amoureuses,
ses contemporaines. Une silhouette imprécise en arrière plan, et celle d’une femme bras levés en
position plus chorégraphique, sont plus devinées que décrites.
La femme de pierre, sculptée se superpose, ou passe sous les feuilles, elle se meut, revient, partie
de sa niche, plein cintre retrouvée en fin. Elle est sous le souffle inaugural qui lance un grand cercle
noir qui s’ouvre au champ iconique. Le regard d’elle s'impose, repris par trois posés l’un sur l’autre
en un espace lumineux ménagé parmi les feuilles. Les plantes ne sont pas de simples ornements,
elles sont la métonymie de la Femme et son aspiration à un monde « renaturé ». Elles ne sortent
pas d’un herbier mais sur pied, sur tronc, parfois en contours floutés, en constants légers sursauts
ou encore en un rapide orage filmique, elles sont vie. La musique emporte des variations aussi
vives qu’elle, celles de feuilles brillantes frêles ou reconnaissables comme l’olivier, le mimosa, ainsi
que d'autres rares autres éléments comme un voile léger qui se défait vite, aniconique et de rares
fenêtres et indices d’habitat.
Le souffle, le chant féminin, la transformation constante, la proximité et l’éloignement, les nuées
emportent : en une union artistique libre.

                                                                                                          Simone Dompeyre

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